Lettre d’information n° 67. Juillet 2026.

LA LETTRE D’INFORMATION

sur les relations franco-allemandes et l’Allemagne

 

 N° 67. Juillet 2026.

Responsable de la rédaction : Bernard Viale.

Délégué à  la « Communication ».

 

Le mot du Président

Chers membres de l’AFDMA, chers amis,

On l’avait vu venir…Les interrogations sur l’avenir de l’avion de combat du futur, fruit exemplaire de la coopération franco-allemande et dispositif essentiel du projet de défense européenne, ont trouvé une réponse : l’annulation du projet SCAF, victime d’intérêts trop divergents et inconciliables en matière économique, industrielle, stratégique, ainsi que sur les questions de gouvernance. Les ambitions nouvelles de l’Allemagne avec ses investissements massifs dans la défense et la volonté de la part de la France de garder le leadership dans ce projet n’ont pas permis sa mise en oeuvre. Beaucoup de temps et de moyens lui ont été consacrés, mais la volonté politique n’aura pas suffi face aux exigences économiques et industrielles.

Bonne nouvelle cependant : la France et l’Allemagne ont récemment annoncé le renforcement de leur partenariat stratégique en s’accordant sur la gouvernance paritaire du fabricant de chars KNDS, au cœur du projet de char du futur MGCS, censé succéder au Leopard 2 et au Leclerc à l’horizon 2040. L’accord entre Paris et Berlin ouvre la voie à KNDS, dont le siège est à Amsterdam, pour réaliser l’une des plus importantes introductions en bourse en Europe ces dernières années. KNDS fournit aux armées des chars de combat, des véhicules blindés de transport de troupes, des ponts portables et des véhicules robotisés. La chute récente à la Bourse de Rheinmetall, actionnaire principal du côté allemand, peut faire craindre une certaine fragilité. Dernière minute : l’introduction en bourse a été reportée… L’anticipation des besoins futurs des armées européennes modernes sera prépondérante.

Les hauts et les bas de la coopération entre nos deux pays, illustrations de la difficulté de la mise en œuvre d’une politique de défense européenne essentielle pour notre avenir, dans un contexte international particulièrement instable et dangereux.

Espérons que les résultats des futures échéances électorales ne viendront pas remettre en cause l’acquis si précieux de notre relation privilégiée.

L’été sera chaud, prenez bien soin de vous !

Bien cordialement,

Général (2S) Bertrand Pflimlin

Président

Sommaire :

Le mot du Président.

Publications :

– Edgar Morin et l’Allemagne (1921 – 2026). Par Gérard Foussier.

– L’Allemagne ouvre le chantier de la réforme des retraites.

–  Deux instituts culturels franco-allemands inaugurés à Glasgow et à Cordoba.

– Deux nouvelles publications de l’IFRI. Par Hans Stark et Marie Krpata.

– Allemagne d’aujourd’hui.

– Exposition : Paul Cassirer, l’homme qui a fait découvrir l’impressionnisme aux Allemands.

– La vie de l’AFDMA : In memoriam : Cyrille Schott.

 

                                                                                                Publications

 

Durant les mois passés, nous avons publié un certain nombre d’articles sur notre site internet www.afdma.fr que nous ne reprenons pas dans cette « Lettre d’information ». Vous les retrouverez en page d’accueil  dans le « carrousel d’articles d’actualité » ou « En direct du franco-allemand ».

Rendez-vous sur www.afdma.fr !

 Edgar Morin (1921-2026) et l’Allemagne

De vibrants hommages à Edgar Morin, décédé le 29 mai 2026 quelques semaines avant son 105e anniversaire, ont été rendus en France, y compris un hommage national aux Invalides en présence du président de la République. « Père de la pensée complexe », « franc-tireur de la pensée », « défenseur de l’humanisme et de l’éducation », « militant de la liberté », Edgar Morin (son pseudonyme de résistant qu’il a gardé tout au long de sa vie) est surtout connu en France pour ses principaux ouvrages sur La Méthode (six volumes, parus entre 1977 et 2004) et pour son livre sur La Rumeur d’Orléans, paru en 1969. Et en Allemagne ?

De La Méthode seul le premier tome a été traduit en allemand. Sa toute première œuvre, L’An zéro de l’Allemagne, publiée en 1946, est sortie en Allemagne deux ans plus tard (donc avant même la fondation des deux Allemagne en 1949), avec pour sous-titre Ein Franzose sieht Deutschland – Un Français voit l’Allemagne. Cette présentation comme simple citoyen français reflète les interrogations du public allemand, et pas seulement lui, face à cet auteur sans diplôme qui a embrassé de nombreuses disciplines, de la sociologie à l’anthropologie, en passant par l’écologie et la théorie de la science et de la complexité. Un « touche-à tout », diront quelques critiques, surtout parmi les intellectuels. Il a reçu certes le titre de docteur honoris causa d’une bonne quarantaine d’universités de par le monde (mais pas une seule en Allemagne) ; après une licence de droit et d’histoire, il n’a jamais écrit de thèse de doctorat, ce qui ne l’a pas empêché de devenir maître de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), où on le croyait sociologue. En réalité, il était plutôt un observateur intellectuel sans frontières, infatigable pour rechercher les explications des phénomènes sociaux de son époque. Dans La rumeur d’Orléans, un de ses ouvrages les plus connus, cité jusqu’à aujourd’hui (en France du moins), il a été à la fois journaliste et sociologue pour tenter de comprendre la dimension antisémite de ce qui a fait la gros titres de la presse nationale pendant de longues semaines en juin 1969, bien avant que la notion de fake news ne fasse son apparition dans le langage quotidien. Des rumeurs de disparitions de femmes dans les cabines d’essayage de boutiques de vêtements tenues par des juifs avaient envahi le centre-ville et suscité à la fois émotions et craintes au sein d’une population orléanaise confrontée entre autres à l’existence prétendue d’un sous-marin immergé dans la Loire dans le cadre de cette traite des blanches.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, entre 1945 et 1946, Edgar Morin, obligé d’écourter ses études d’histoire-géographie, avait tenté sa chance dans le journalisme, puis, appelé sous les drapeaux, il s’était retrouvé en Allemagne, à Baden-Baden, affecté à l’état-major de la Première Armée française. Lui affirme avoir été « directeur de la propagande et de l’information », pourtant aucun organigramme ne fait état de son nom et de cette fonction.

Par contre, un témoignage de l’expérience vécue à cette époque est resté : celui publié en 1946 sous le titre L’an zéro de l’Allemagne. Une radioscopie de la population allemande, perdue entre la culpabilité et le sentiment de défaite. Une analyse sans véritable lendemain, car l’auteur consacrera ensuite ses travaux sur l’Algérie, sur l’Europe, sur la science en 1982 (Science avec conscience, en réponse à la célèbre phrase de François Rabelais au 16e siècle, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »), ou encore, en 2002, sur la politique israélienne envers les Palestiniens, une analyse qui suscitera une vive polémique et même un procès pour avoir écrit dans Le Monde que « le peuple le plus persécuté de l’Histoire » était devenu à son tout « persécuteur ». Il sera finalement relaxé et ne cessera de clamer ce qui pourrait avoir été la devise de cet « électron libre » : « Il ne suffit plus de dénoncer, il nous faut désormais énoncer ».

L’An Zéro de l’Allemagne

Günter Grass (1927-2015), prix Nobel de Littérature 1999, critiquera la notion d’An zéro (ou d’Heure Zéro, Stunde Null en allemand) et la qualifiera de « Lebenslüge » (mensonge vital) – en 1959, il avait dénoncé le conformisme et la lâcheté de la société face au nazisme dans son roman Die Blechtrommel, traduit en français en 1961 (Le Tambour) et porté à l’écran en 1979 par Volker Schlöndorff. Dans un numéro spécial du quotidien Libération, publié en marge de l’unification  allemande de 1990, Grass avait réitéré sa critique de ce qu’il nommait une « absorption brutale de l’ex-RDA par la RFA », contraire à une véritable union démocratique. En 2006, il finira par révéler sa propre adhésion à une division des Waffen-SS, c’est-à-dire après sept décennies de silence sur son propre passé, avec la volonté de briser un silence et une lâcheté qu’il dénonçait auparavant, mais qui minaient, selon lui, encore et toujours, les modes de penser (Denkweisen) dans l’Allemagne moderne de 1949 (et après) – confirmant ainsi les observations d’Edgar Morin d’après-guerre.

Dans ses observations de jeunesse faites à Berlin, ville détruite et divisée, Edgar Morin décrit en 1946 une Allemagne « en état de somnambulisme, déroutante à première vue ». Il se place dans le contexte d’une volonté de « détruire le capitalisme allemand pour détruire le fascisme, dont il est l’un des terreaux, sans permettre au fascisme de renaître ». Et pour ce faire, il prône la réunion des deux Allemagne sous une gouvernance interalliée, mais plaide en faveur du « succès soviétique en Allemagne de l’Est » (qui n’est pas encore la RDA), tout en évitant la rupture entre les « Allemagne », rupture qui aurait pour conséquence une rupture entre les Alliés. Membre du parti communiste (PCF), qu’il quittera en 1951, Morin note que contrairement à l’Union soviétique, qui « démilitarise, dénazifie et démocratise », les Occidentaux « veulent se servir de l’Allemagne belliqueuse et chauvine, l’Allemagne des trusts ».

Berlin 1946

« La traversée de Berlin de nuit est un somnambulesque voyage au cœur de la plus totale désolation. Les carcasses des établissements autrefois bancaires, administratifs ou commerciaux offrent à nu leurs cages d’ascenseurs enferraillées que quelque reflet lunaire semble seul tenir suspendues dans le vide. De gigantesques enseignes pendent lamentablement à la recherche d’un alphabet perdu. Près du Tiergarten, les ruines des ambassades, de la Chancellerie, des hôtels particuliers, ont une mélancolie distinguée et un peu lourde qui évoque Palmyre. Parfois, tout en haut d’un bâtiment détruit à travers lequel on peut voir les étoiles, une lumière électrique brille. La pièce a survécu à l’explosion ou à l’incendie ; elle est de nouveau habitée. »                                                                                                                  Edgar Morin, An Zéro

 

Ce premier livre d’Edgar Morin, paru aux Editions de la Cité Universelle, créées en 1945 par Marguerite Duras (1914-1996), n’a jamais été réédité. L’Allemagne contemporaine semble avoir disparu des centres d’intérêt prioritaires d’Edgar Morin. Dans un entretien avec l’hebdomadaire Le Point pour son 100e anniversaire, il résumait sa vie à une aventure : « Pour ma génération, c’était l’Occupation et la Résistance, pour vous, c’est la précarité et l’incertitude ». Il réitérait alors ses lointains engagements contre le national-socialisme pour vanter « un monde où l’unification technique et économique n’a pas du tout fait une communauté de destins entre les peuples et les cultures. Au contraire. On n’a pas pris conscience de l’ensemble des périls. Les fanatismes se multiplient. Il y a une crise mondiale de la démocratie ».

Regards sur la presse berlinoise

Sur tous les murs de Berlin, il y a des affiches. Ici, deux mains s’étreignent. C’est l’unité socialiste fondée par la fusion du KPD (parti communiste allemand) et du SPD (parti social démocrate). Là, sur un drapeau rouge, le mot d’ordre : Einheit Sozialismus, Einheit Deutschland. Ailleurs, une nouvelle affiche du SED, Parti socialiste d’unité : c’est la reproduction de deux manchettes, l’une du Völkischer Beobachter de 1936 (organe central du parti nazi), l’autre du Telegraf (journal social-démocrate actuel, publié sous licence anglaise). Toutes deux annoncent, en des termes à peu près semblables, la déportation d’enfants par les Russes en Sibérie. Les journaux changent, mais la même propagande demeure.

De temps en temps un panneau nous apprend que le parti libéral démocratique est le parti des optimistes. Partout sur les ruines, sur les arbres, ces milliers d’affiches témoignent de la lutte idéologique qui se mène pour la conquête de l’opinion publique berlinoise. Mais c’est en lisant les journaux qu’on commence à comprendre. Les journaux allemands publiés sous licence anglaise et américaine sont les Kommandos de choc de l’idéologie occidentale et antisoviétique. Ils sont tous devenus sociaux-démocrates, parce que la meilleure façon de lutter contre le socialisme est de prendre le masque du socialisme. Le bolchévisme y est stigmatisé de la belle manière, car on est dans le pays de Goebbels, et on a la pratique. Les journaux sous licence soviétique dénoncent de leur côté, la renaissance du fascisme dans les zones occidentales.

Edgar Morin, An Zero.

Gérard Foussier

Après une formation de journaliste au quotidien Westfälische Nachrichten, il a travaillé pendant trois décennies à la radio allemande Deutsche Welle à Cologne puis à Bonn, avant d’être élu en 2005 président du Bureau International de Liaison et de Documentation (B.I.L.D.). Rédacteur en chef de la revue bilingue Dokumente/Documents pendant 13 ans, il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages. Son dernier livre, Allemanderies, est sorti en janvier 2023. Il détient la double nationalité et est détenteur de l’Ordre du Mérite allemand.

 

L’Allemagne ouvre le chantier de la réforme des retraites

 Retraite complémentaire par capitalisation, report de l’âge du départ : le gouvernement allemand a reçu récemment les recommandations d’une commission sur la réforme des retraites. Il entend les mettre en œuvre intégralement, et sans attendre.

Le mercredi 24 juin 2026 est une journée à marquer d’une pierre blanche. Il marque l’ouverture d’un chantier aussi épineux que nécessaire dans une Allemagne confrontée au défi du vieillissement : la réforme des retraites. La commission chargée de travailler sur le financement du système a remis son rapport au chancelier Friedrich Merz et à la ministre du Travail et des Affaires sociales, Bärbel Bas. Le gouvernement entend rapidement mettre en œuvre ses 33 recommandations, en intégralité.

Friedrich Merz voit dans ce rapport un ensemble de propositions « équilibré » pour mener « l’un des projets de réforme les plus difficiles de notre époque ». « Ne rien faire n’est pas une option », a-t-il plaidé. « Tous les éléments de ce paquet de réforme, je dis bien tous ses éléments doivent maintenant être mis en place rapidement ».

L’objectif est de stabiliser à long terme le financement des retraites, menacé de déséquilibre par la démographie. L’arrivée des générations nombreuses du babyboom à l’âge de la retraite fait croître le nombre de retraités, alors que le nombre de cotisants n’augmente pas. En 2040, explique la commission, le rapport entre le nombre de retraités et le nombre d’actifs cotisants pourrait être de un à deux. Le dilemme est donc le suivant : comment consolider le financement du système sans faire exploser les cotisations ?

« Transformer le système sans en détruire les fondations »

Avec leurs 33 recommandations, les membres de la commission ambitionnent « transformer le système sans en détruire les fondations ». Ils entendent garantir un niveau de pension équivalent à 70 % du salaire net. « La retraite est sûre », a martelé M. Merz. Le niveau des pensions serait non seulement préservé, mais il augmenterait au fil du temps. C’est une bonne nouvelle pour les jeunes : « ils percevront une meilleure retraite que les retraités actuels », a souligné Mme Bas.

Pour y parvenir, la commission propose un ensemble cohérent de mesures qui répartit l’effort entre toutes les catégories de la population. C’est la première fois qu’un projet global pour toutes les générations est sur la table, s’est félicitée Mme Bas. « Nous ne pouvons pas nous permettre de retirer ou de refuser telle ou telle mesure particulière », a confirmé M. Merz. Les recommandations de la commission « renforcent le contrat entre les générations ».

 Contrat renforcé entre les générations

La principale innovation est la création d’une retraite complémentaire obligatoire par capitalisation. L’idée s’inspire du modèle suédois. « Le régime légal demeure le pilier majeur de notre système », a expliqué M. Merz. « Il s’agit de [le] renforcer en créant une retraite supplémentaire par capitalisation, obligatoire et individuelle ».

Les cotisations – obligatoires – seraient financées à égalité par les employeurs et les salariés à partir de 2031. Elles pourraient atteindre progressivement 2 % du revenu. Placées par un fonds souverain ou la Bundesbank, elles permettraient à terme d’augmenter les pensions. « À travers ce nouveau modèle de retraites nous organisons la participation de larges catégories de la population à l’augmentation de la richesse nationale », a mis en avant M. Merz. Un « facteur de transition » serait mis en place de 2032 au milieu des années 2040 pour garantir le niveau actuel des pensions aux actifs aujourd’hui proches de la retraite.

Une deuxième mesure clé serait le report de l’âge du départ à la retraite en fonction de l’augmentation de l’espérance de vie. Le calcul se ferait selon un rapport 2/3-1/3 : une année supplémentaire d’espérance de vie augmenterait la durée du travail de huit mois et la durée passée à la retraite de quatre mois. Selon cette règle, appliquée à partir de 2032, l’âge de la retraite atteindrait 67,5 ans en 2041. Selon la réglementation actuelle, il sera déjà de 67 ans à partir de 2031.

 Augmentation du nombre de cotisants

Une troisième mesure emblématique est la suppression progressive du dispositif spécial destiné aux carrières longues (surnommé « retraite à 63 ans »). Depuis 2014, il ouvre droit à une retraite sans décote après 45 années de cotisations, même avant l’âge légal de départ à la retraite. Cela se traduit pour les retraités actuels à un départ à partir de 64,5 ans. La fin de ce dispositif très discuté ira de pair avec « un accès simplifié à la retraite » pour les personnes déclarées en invalidité après un examen médical.

Un quatrième ensemble de mesures vise à augmenter le nombre de cotisants au régime légal. Les « minijobs » exempts de cotisations sociales seraient abolis, sauf pour les étudiants. De plus, des catégories qui ne cotisent pas au régime légal, tels que les professions indépendantes, les responsables politiques et les directions exécutives de sociétés par actions, le rejoindraient.

Quant aux actuels retraités, ils seraient également mis à contribution. Si le système leur garantit un maintien du niveau des pensions à 48 % jusqu’en 2031, le calcul changerait à partir de 2032. Il ferait en sorte que le montant des retraites augmente moins vite que les salaires.

Le débat est maintenant sur la table. Les groupes parlementaires des partis de la coalition ont immédiatement apporté leur appui au projet et à sa mise en œuvre. Le patronat y voit également un progrès. La Confédération des syndicats allemands (DGB), en revanche, estime que la suppression du dispositif pour les carrières longues et le report de l’âge de départ ignore la réalité vécue par de nombreux salariés. La réforme des retraites s’annonce comme l’un des grands sujets politiques du second semestre 2026 en Allemagne.

Deux Instituts culturels franco-allemands inaugurés à Cordoba et à Glasgow

Ensemble pour la Kultur ! La coopération franco-allemande s’est enrichie ces derniers jours de deux nouveaux instituts culturels communs à Córdoba (Argentine) et à Glasgow (Écosse). Leur ambition : relier les gens via la culture et les langues.

La coopération culturelle franco-allemande à l’étranger s’accélère. Sept ans après la signature du traité d’Aix-la-Chapelle (2019), la France et l’Allemagne ont inauguré les 27 mai et 3 juin deux nouveaux instituts culturels franco-allemands (ICFA / Kultur Ensemble) à Córdoba (Argentine) et à Glasgow (Écosse). Leur ambition : relier les gens à travers les langues, l’art et les cultures, dans la paix et le respect.

Les ICFA (Kultur Ensemble) s’appuient sur les réseaux culturels français (Alliances et Instituts français) et allemand (Goethe-Institut). Ils prennent la forme soit d’instituts intégrés, soit de colocalisations.

À Glasgow, les locaux de Park Circus ont ouvert cette semaine. Les habitués ont retrouvé leurs cours de langue, examens et programmes culturels. Mais pas seulement.

En s’associant au sein d’un ICFA, le Goethe-Institut de Glasgow, l’Alliance française de Glasgow et l’Institut français en Écosse veulent élargir l’horizon. Désormais, ils proposent aussi aux Écossais une programmation franco-allemande spécifique, avec une vue imprenable sur le continent.

Au menu : médiathèque et bibliothèque franco-allemandes, événements sur le cinéma, la musique et la littérature et activités familiales autour des cultures française et allemande.

Le public est convié dès le plus jeune âge. Pour l’inauguration, des élèves des écoles locales ont eu droit à une journée franco-allemande consacrée aux langues avec des ateliers, en présence d’Axel Scheffler, célèbre illustrateur allemand auteur des illustrations de Gruffalo, et de l’illustratrice française Marie-Alice Harel.

Langue, culture et perspective européenne

L’ICFA de Glasgow travaille également à l’élaboration d’un programme semestriel qui mettra à l’honneur en Écosse les grandes dates européennes, telles que la Journée de l’Europe.

« Nous souhaitons faire de ce lieu un espace chaleureux où des personnes de tous horizons pourront découvrir et partager nos cultures européennes, à la fois communes et diverses », soulignent les directeurs Nabila Lakouraï (Alliance Française Glasgow), Hanna Dede (Goethe-Institut Glasgow) et Stéphane Pailler (Institut français d’Écosse).

L’affirmation de la perspective européenne tient pour partie à l’origine des instituts. Les ICFA (Kultur Ensemble) sont nés du traité d’Aix-la-Chapelle qui souligne la vocation de la coopération franco-allemande à approfondir l’intégration européenne.

Plusieurs ouvertures en projet

Depuis 2021, ils sont cinq à avoir ouvert leurs portes à Palerme (Italie), Ramallah (Territoires palestiniens), Atlanta (États-Unis), Córdoba (Argentine) et Glasgow (Écosse). D’autres devraient prochainement ouvrir leurs portes à Bichkek (Kirghizistan), Erbil (Kurdistan irakien) et Rio de Janeiro (Brésil).

Selon le Goethe-Institut, l’Alliance française et l’Institut français, la France et l’Allemagne explorent à travers les ICFA « de nouvelles formes de coopération ». Elles « créent et pérennisent des espaces d’échange interculturel pacifique et respectueux » : réseaux d’artistes, programmes de résidence, médiathèques franco-allemandes, promotion du français et de l’allemand. Et ce, main dans la main avec les pays hôtes.

Car développer la confiance et la compréhension mutuelle est l’un des enjeux essentiels du programme. Un enjeu dans un monde incertain.

 

 Une nouvelle publication de l’IFRI :

L’Allemagne face au triangle Etats Unis – Russie – Chine.

Des changements de paradigmes systémiques

Par Hans Stark

Depuis la réunification, l’Allemagne a construit sa prospérité sur un ordre international fondé sur le libre-échange, le multilatéralisme et la stabilité géopolitique. Ce modèle reposait sur trois relations jugées complémentaires : la protection militaire américaine, l’approvisionnement énergétique russe et l’intégration économique avec la Chine. Pendant plusieurs décennies, Berlin a considéré ces interdépendances comme des facteurs de paix, de croissance et de sécurité.

Or cet environnement a profondément changé. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et l’affirmation de la puissance économique chinoise ont mis en lumière les vulnérabilités stratégiques de l’Allemagne. Les États-Unis remettent en cause les fondements du partenariat transatlantique, fragilisent les institutions multilatérales et utilisent leur supériorité militaire et économique comme instrument de pression. La Russie a définitivement détruit l’illusion d’un rapprochement pacifique fondé sur l’interdépendance énergétique. Quant à la Chine, elle est devenue à la fois un concurrent industriel redoutable, un partenaire commercial incontournable et, de plus en plus, une source de dépendances technologiques et stratégiques inquiétantes.

Hans Stark est professeur de civilisation allemande contemporaine à Sorbonne Université. Il a été secrétaire général du Cerfa à l’Ifri de mars 1991 à mars 2020. Depuis mars 2020, il est conseiller pour les relations franco-allemandes à l’Ifri, où il consacre l’essentiel de ses travaux à la politique étrangère et à la politique européenne de l’Allemagne.
Contact avec l’auteur : stark.cerfa@ifri.org

 

 Egalement de l’IFRI :

Redémarrer l’économie allemande : entre impératifs économiques, sociaux et de défense.

Par Marie Krpata.

En quête d’une nouvelle boussole, l’Allemagne est confrontée à la remise en question des fondements de son modèle économique et social. L’économie allemande, pilier du modèle de réussite et de prospérité de l’après Deuxième Guerre mondiale est ébranlée et la crainte de la désindustrialisation, jusqu’à présent latente, se concrétise de plus en plus, notamment par l’affaiblissement d’un secteur phare comme celui de l’automobile.

La compétitivité de sa base industrielle recule et sa puissance exportatrice est fragilisée par la concurrence chinoise et les pressions américaines.

C’est ensuite le contexte géopolitique dégradé qui aggrave la situation d’une performance industrielle qui s’essouffle. Le Zeitenwende initié par le gouvernement de la coalition « feu tricolore » marquait déjà une prise de conscience de la vulnérabilité de l’Allemagne dans un contexte où la realpolitik prend le dessus et où les dépendances peuvent être utilisées à des fins de coercition (énergie par rapport à la Russie, sécurité et défense par rapport aux Etats-Unis et économie par rapport à la Chine).

L’arrivée du gouvernement de Friedrich Merz marque le retour des conservateurs à la chancellerie mais dans le cadre d’une coalition avec les sociaux-démocrates, qui nécessite des compromis et arbitrages. L’assouplissement du frein à la dette, la mise en place d’un fonds spécial pour les infrastructures et la neutralité climatique (Sondervermögen für Infrastruktur und Klimaneutralität, SVIK) pour les douze années à venir et le déploiement de moyens dans le domaine militaire donnent de la latitude au nouveau gouvernement pour redynamiser le pays.

Des arbitrages difficiles s’imposent cependant entre impératifs de compétitivité qui soulèvent des questions sur le modèle économique allemand, impératifs sociaux qui questionnent la durabilité du modèle de prospérité de l’Allemagne de l’après-guerre et impératifs de défense qui nécessitent un effort de rattrapage significatif de l’Allemagne sur le plan militaire au vu des menaces auxquelles est confrontée l’Europe. Le repositionnement de l’Allemagne se fait en outre dans un contexte où elle est tiraillée entre des attentes en matière de politique intérieure et des attentes à l’échelle européenne.

Comment dans ce contexte concilier les nombreux impératifs et trouver les échelons adéquats d’intervention ? Alors qu’il est nécessaire de prendre des décisions structurantes pour maintenir et renforcer le tissu industriel allemand, déjà rudement mis à l’épreuve par les chocs extérieurs, l’Allemagne a aussi de plus en plus vocation à montrer la voie à l’échelle européenne. Sera-t-elle capable de réussir sur les deux tableaux ?

Marie Krpata est chercheuse au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Contact avec l’auteure : krpata@ifri.org

  Exposition

 Paul Cassirer, l’homme qui a fait découvrir l’impressionnisme aux Allemands

Le Berlinois Paul Cassirer (1871-1926) était l’un des marchands d’art les plus influents de son temps. Passeur décisif de la modernité artistique, il a été le principal relais de l’impressionnisme français en Allemagne. Berlin lui consacre une exposition.

Il y a cent ans, le 7 janvier 1926, à Berlin, Paul Cassirer se blessait d’un coup de feu après la signature de ses papiers de divorce avec sa seconde épouse, l’actrice Tilla Durieux. Il devait succomber à ses blessures deux jours plus tard. C’était la fin tragique d’un personnage hors du commun. Marchand d’art, éditeur, galeriste, Paul Cassirer (1871-1926) avait été pendant un quart de siècle une figure majeure de la vie culturelle allemande et un passeur décisif de la modernité artistique. On lui doit notamment d’avoir diffusé l’impressionnisme français en Allemagne à une époque où il restait controversé dans les cercles académiques allemands. À l’occasion du centenaire de sa mort, le musée de l’Alte Nationalgalerie, à Berlin, lui consacre une grande exposition.

120 œuvres exposées à Berlin

Intitulée « Cassirer et la percée de l’impressionnisme », elle rassemble 120 œuvres majeures de l’impressionnisme et de la modernité classique. Les peintres français Claude Monet (Le verre de pêche), Édouard Manet, Paul Cézanne, Edgar Degas (Les musiciens de l’orchestre), Auguste Renoir (En été, Lise à l’ombrelle) y côtoient Vincent van Gogh (Autoportrait), Max Liebermann (L’Atelier du cordonnier) et les impressionnistes allemands Lovis Corinth et Max Slevogt. C’est un portrait saisissant de Paul Cassirer qui met en lumière ses méthodes et ses stratégies pour promouvoir la modernité artistique.

Un pont entre la France et l’Allemagne

L’histoire débute le 1er novembre 1898. Cassirer, né en 1871 à Breslau dans une famille juive de la grande bourgeoisie, ouvre son salon d’art avec son cousin Bruno dans le quartier du Tiergarten. C’est une élégante villa. Tout la distingue déjà de la concurrence. L’accrochage est aéré, à mille lieues de l’entassement habituel. Les œuvres sont disposées à hauteur des yeux. L’ambition est de donner à l’art moderne international une scène digne de lui.

Dès 1901, Paul Cassirer gère seul la galerie. Fortement implanté dans la scène culturelle de son temps, il bâtit un réseau tentaculaire qui s’étend jusqu’aux marchands parisiens comme Durand-Ruel. Grâce à ces contacts réguliers, il présente au public germanophone une quantité inédite de toiles de Manet, Monet, Renoir, Cézanne et Degas. Sa galerie devient un carrefour essentiel entre les artistes français et allemands.

Grâce à sa relation privilégiée avec Johanna van Gogh-Bonger, il expose aussi Van Gogh en Allemagne, comme personne avant lui. La découverte du peintre néerlandais est aussi l’une de ses plus belles découvertes. Après dix ans d’activité, le salon compte déjà quelque 130 expositions à son actif.

Paul Cassirer et l’Alte Nationalgalerie, une longue histoire

Paul Cassirer fait entrer de nombreux chefs-d’œuvre de l’art moderne dans les collections et les musées allemands. Il noue un partenariat fructueux avec le directeur progressiste de l’Alte Nationalgalerie, Hugo von Tschudi. Ce dernier achète régulièrement au salon Cassirer, en s’appuyant sur des mécènes privés. Ils travaillent main dans la main pour changer le regard des Allemands sur la modernité artistique et donner à celle-ci une visibilité nouvelle en Allemagne.

Cet engagement passionné pour la modernisation du goût artistique ne va toutefois pas sans obstacle dans l’Allemagne de Guillaume II. En 1899, l’empereur lui-même exige que les impressionnistes français soient relégués à une place « moins en vue » dans les salles du musée. En 1908, Tschudi est mis en congé forcé. Les polémiques publiques se multiplient : en 1904, une querelle retentissante oppose partisans et adversaires de l’impressionnisme. Cassirer répond, argumente. Il ne recule jamais.

Secrétaire de la Sécession berlinoise

Il joue aussi un rôle essentiel dans la promotion des jeunes artistes de la Sécession berlinoise, qui se posent en rupture avec l’académisme. Il donne de la visibilité aux impressionnistes allemands Max Liebermann, Lovis Corinth et Max Slevogt. Il contribue à leur reconnaissance institutionnelle. Son influence s’accroît encore lorsqu’il devient secrétaire de la Sécession berlinoise. Il promeut un vaste éventail d’artistes de l’avant-garde d’Edvard Munch à Oskar Kokoschka en passant par August Gaul, Ernst Ludwig Kirchner et Gabriele Münter.

L’œil visionnaire de Paul Cassirer en fait un passeur entre les avant-gardes mais aussi entre les artistes, les marchands et le public. L’exposition se concentre sur l’activité de son salon, de 1898 à 1933. Une citation de Goethe gravée sur sa tombe résume la quintessence d’une vie que l’on peut qualifier d’exceptionnelle : « Né pour voir, destiné à regarder ».

A.L.

 

                                        La vie de l’AFDMA 

 

 In memoriam : Cyrille Schott

Nous avons appris avec stupéfaction la disparition brutale de notre ami Cyrille Schott, décédé samedi 4 avril d’un avc foudroyant. Membre éminent et particulièrement actif de notre association, il avait  75 ans.

Cyrille Schott, major de Sciences Po Strasbourg et diplômé de l’ENA, avait été Conseiller du Président Mitterrand et à plusieurs reprises Préfet et Préfet de Région. Il avait dirigé l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice. Il a été l’auteur de nombreux ouvrages sur ses expériences au service du bien public.

Spécialiste des questions européennes en général et  franco-allemandes en particulier,  il était impliqué dans de très nombreuses associations qui s’enrichissaient de sa grande expérience.  Président de la SMLH du Bas-Rhin et  membre du Bureau d’Eurodéfense, il a publié régulièrement des articles ou tribunes dans la presse nationale et alsacienne.

Cyrille Schott était un acteur très engagé de la coopération franco-allemande et de la construction européenne. Il mettait toute son expérience et son engagement au service de l’AFDMA, dont il était le Délégué régional pour l’Alsace. Il remettait à ce titre régulièrement des Prix de l’AFDMA à des élèves de l’enseignement général et professionnel qui étaient  récompensés pour leurs excellents résultats dans l’apprentissage de l’Allemand et leur participation aux échanges entre nos deux pays.

Avec Cyrille Schott disparaît un pilier de la coopération franco-allemande et de la construction européenne. Nous garderons de lui le souvenir d’un ami particulièrement engagé et pénétré de valeurs humanistes au service d’un mieux vivre-ensemble en Europe et au-delà.

C’est, pour notre association une très grande perte tant son rôle était important. Son départ brutal nous rend non seulement très tristes mais engendre au sein de l’AFDMA et du bureau en particulier un sentiment de vide et d’arrachement et bien sûr d’immense gratitude.

Ses obsèques se sont déroulées le 11 avril en l’église Saint Matthieu de Drusenheim. Une messe a été célébrée en sa mémoire le 5 mai à la chapelle St Louis de l’école militaire.

Bertrand-Louis Pflimlin

 

APPEL / RAPPEL

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Le montant a été fixé pour les membres à 35€, et à 25€ pour les amis en 2024, à adresser par chèque à notre trésorier, Olivier de Becdelièvre,

Secrétaire général de l’AFDMA, 101bis rue Lauriston, 75116 Paris.

Pour tout virement, voici les coordonnées bancaires de l’AFDMA : auprès du Crédit Mutuel de Paris :

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Site internet www.afdma.fr

Le site internet est régulièrement mis à jour avec des articles d’actualité, souvent rédigés par nos membres, sur l’Allemagne et les relations entre nos deux pays dans le contexte de l’Europe. Voir le « caroussel d’actualité » et « en direct du franco-allemand ».

N’hésitez pas à m’adresser vos articles ou contributions dans le cadre des objectifs de notre association et traitant de l’Allemagne, des relations franco-allemandes et de leur place en Europe.

Page « facebook » de l’AFDMA

Pour mémoire : En plus du site internet «www.afdma.fr », nous disposons d’un outil de communication supplémentaire sous la forme d’une page « facebook », sous l’appellation « Association Française des Décorés du Mérite Allemand ».

Cette page est aussi régulièrement mise à jour et comprend des informations sur la coopération franco-allemande, sur l’Allemagne et sur l’Europe.